L’onchocercose
Un problème de santé publique proche de sa solution
Définition/Généralités
Un enfant guide un de ses parents, aveugle / Crédits : Sightsavers
Dans beaucoup de régions d’Afrique tropicale, ce sont ainsi les enfants qui doivent guider les pas des aveugles.
Il y a quelques années, on rencontrait fréquemment ces « villages maudits », près des rivières où pratiquement tous les adultes étaient devenus aveugles. Les enfants devaient quitter l’école, lorsqu’il en existait, pour s’occuper de leurs parents… En attendant de perdre la vue à leur tour. Aucune malédiction ne pèse sur ces villages. Ils sont simplement situés à proximité de cours d’eau qui abreuvent les habitants, irriguent les terres… mais abritent aussi le développement de petites mouches porteuses du redoutable parasite de l’onchocercose (appelées "(simulie)", maladie du « bout de la piste » aussi appelée « cécité des rivières ».
Site de reproduction des simulies (Photo OMS)
Causes
Cette mouche transmet un ver parasite (une filaire) à l’homme par piqûre. Ce sont donc les communautés villageoises liées à l’eau, dont la survie dépend de l’agriculture et de la pêche, qui sont les plus affectées par la maladie.
La filaire s’enkyste sous la peau de l’hôte où elle forme des nodules et libère régulièrement dans l’organisme des milliers de filaires filles (des microfilaires) pendant 12-15 ans.
L’accumulation de microfilaires mortes au niveau de l’œil entraine des lésions oculaires sévères (cornée, rétine, nerf optique) pouvant conduire à une cécité irréversible après plusieurs années d’exposition. On parle alors de « cécité économique » résultante d’un handicap social et économique, bien avant que la cécité ne devienne complète et définitive. Au niveau des membres inférieurs, il apparaît des lésions cutanées typiques sous forme de taches dépigmentées (« peau de léopard »).
Homme aveugle
Historique
A sa clôture en 2002, le programme OCP (Onchocerciasis control program) avait protégé 40 millions d’habitants contre l’infection, prévenu 600.000 cas de cécité et rendu 25 millions d’hectares de terres fertiles aux habitants qui les avaient désertés. Le rendement économique de ce programme est de 20 % (Evaluation banque mondiale). Il est cité comme un des programmes de santé publique les plus performants.
Le programme APOC (African program for onchocerciasis control) a pour objectif de préserver la vue de 125 millions de personnes exposées. Parmi elles, 18 millions de personnes sont infestées par le parasite, un million présentent des lésions oculaires irréversibles et 300.000 sont aveugles.
Selon les résultats d’analyses de l’Université Erasmus de Rotterdam, on estime que chaque année APOC prévient 40.000 cas de cécité et économise un million d’années de vie active. La stratégie du TIDC (Traitement par l’Ivermectine sous directive communautaire) est considérée comme une référence en économie de la santé. Elle contribue également au renforcement des systèmes de santé nationaux en prenant en charge simultanément d’autres maladies tropicales négligées : autres affections oculaires, filariose lymphatique, paludisme, géo-helminthiases…. L’organisation pour la prévention de la cécité (qui lutte contre l’onchocercose depuis 1992) applique à la lettre cette stratégie.
Une solidarité à tous les niveaux
L’ivermectine, permet de venir à bout de la cécité des rivières… A condition de traiter chaque année l’ensemble des populations menacées, pendant au moins 15 ans.
C’est le défi que l’OPC a relevé. L’Organisation pour la Prévention de la Cécité est la seule association francophone impliquée dans le Programme Africain de Lutte contre l’Onchocercose de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) qui rassemble 30 pays africains pour lesquels l’objectif ultime de traitement vise 90 millions de personnes.
Pour agir efficacement jusque dans les zones les plus reculées, nous avons développé une immense chaîne de solidarité composée de 13 800 villageois bénévoles et environ 500 agents de santé de tous niveaux (de médecins à auxiliaires) que nous avons tous formés. Certains d’entre eux le sont aussi au dépistage précoce des troubles de la vision dans leurs villages (soins de santé oculaires primaires).
Préparation de la distribution de l’Ivermectine
Grâce à cette magnifique chaîne humaine, le programme OPC couvre, pour un coût extrêmement faible, 18 centimes d’euros par bénéficiaire, tous les foyers touchés par la maladie.
La prise des comprimés d’Ivermectine
L’objectif de traiter le maximum de personnes exposées jusque dans les zones les plus reculées est quasiment atteint après plus de 30 ans de lutte : l’onchocercose est en voie d’élimination ! Dans les zones confiées à l’OPC, plus de 3,8 millions d’individus sont régulièrement protégées et ne sont plus exposées au risque onchocerquien. Ainsi, les populations recolonisent les terres fertiles abandonnées en raison de l’onchocercose.
Résultats de l’OPC en 2012 : l’élimination est en bonne voie après 30 ans de lutte. Plus de 3,8 millions de personnes sont protégées dans 7 582 villages de 4 pays africains, Congo, Mali Guinée, Sénégal, et ne seront pas aveugles. Les populations retournent dans les zones les plus fertiles et les plus riches.
La vie reprend grâce au programme de lutte contre l’onchocercose /
Crédits : extrait de "Mara, le regard du lion" film réalisé par Bernard Surugue (c) Orstom/ird-OMS
